Divagations vertes : Faites-vous déjà partie d’une tribu ?

Ce n’est un secret pour personne que dans l’industrie horlogère, il existe des marques où la demande pour leurs montres est bien supérieure à l’offre. Rolex, Patek Philippe et Richard Mille sont souvent citées à ce sujet.

L’attention se portait principalement sur leurs modèles sportifs pour les deux premières, mais même cela a changé. Aujourd’hui, même obtenir un nouveau modèle de Datejust nécessite une excellente relation avec votre revendeur Rolex et beaucoup de patience. Il en va de même pour la Calatrava. Et cela ne s’arrête pas là, car de nombreuses autres marques sont aujourd’hui tellement demandées qu’elles ne peuvent pas ou ne veulent pas, et souvent les deux, adapter leur production. Cette tendance a réduit les boutiques à des temples de la frustration, où de nombreux vendeurs talentueux et compétents chantent l’hymne monotone du non.

Les marques récompensent la fidélité

De nombreuses marques sont aux prises avec ce problème, car cette position semble être la meilleure chose pour elles, mais c’est en fait le contraire. L’une des solutions utilisées consiste à récompenser la fidélité à la marque en attribuant les nouveaux modèles en priorité aux clients existants qui font partie de « la tribu ». Cela semble génial, car ces personnes sont moins susceptibles de revendre les montres dès qu’elles sont livrées, mais cela crée aussi un contraste marqué entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. En particulier avec les éditions limitées ou les marques dont la production est assez limitée, cela signifie que la grande majorité de leurs produits se retrouvent entre les mains du même petit groupe de personnes. À moins d’avoir les poches bien remplies, cela vous oblige également à concentrer votre collection sur une ou plusieurs marques, car avoir un goût éclectique est aujourd’hui un désavantage.

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La vie frustrante des non-initiés

Pour ceux qui ne font pas partie de la « tribu », la vie devient encore plus frustrante. Avec certaines marques, ils peuvent attendre un « drop ». C’est comme un concert, avec un nombre limité de places qui peuvent être achetées dans une frénésie en ligne, souvent aux moments les plus inopportuns. Une autre option consiste à payer les prix demandés sur le marché gris. Cela vous coûtera cher, mais cela peut vous permettre de mettre un pied dans la porte, car cela vous permet au moins d’établir une relation avec une marque, augmentant vos chances de devenir l’un des membres de la « tribu ».

Cela ressemble presque à une initiation du Parrain. Cela enlève aussi de l’expérience qu’était autrefois l’achat d’une montre exclusive, lorsque vous étiez accueilli dans une boutique et aviez la possibilité de comparer et de discuter de différents modèles de votre choix dans une atmosphère luxueuse. Cette époque est révolue et a été remplacée par une frénésie dans laquelle de nombreuses personnes commandent aveuglément des montres qu’elles n’ont jamais vues en vrai auparavant. La seule bonne nouvelle, c’est que les marques détestent cela autant que vous et moi.

Un phénomène qui ne plaît à personne

Ce système de « tribus » est loin d’être idéal, tant pour les marques que pour les clients. Les premières se retrouvent prisonnières d’un cercle vicieux, obligées de privilégier une poignée de collectionneurs fidèles au détriment de nouveaux acheteurs potentiels. Quant aux seconds, ils voient l’acquisition d’une montre de rêve se transformer en parcours du combattant, voire en mission impossible.

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Pourtant, personne ne semble vraiment apprécier cette situation. Les marques regrettent de ne pouvoir satisfaire tous leurs clients et de voir certaines de leurs créations revendues à prix d’or sur le marché gris. Les collectionneurs non-initiés, eux, déplorent l’opacité et l’injustice de ce système, qui les prive de l’excitation et du plaisir d’acheter une belle montre.

Alors, comment en sortir ? Certains évoquent une augmentation de la production, d’autres des modalités d’achat plus équitables. Mais une chose est sûre : tant que la demande dépassera l’offre, les « tribus » horlogères continueront de prospérer, au grand dam de tous les acteurs du secteur. Un serpent qui se mord la queue, en somme…

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